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2e édition des journées du développement local ( 12- 14 février 2026) : Participation citoyenne et gouvernance foncière : un impératif pour un développement territorial harmonieux

16 février 2026

Dakar, 13 février 2026 – Les enjeux de la participation citoyenne dans la gestion du foncier et la création de chaîne de valeur pour un développement territorial harmonieux étaient au cœur d’un cours magistral présenté ce vendredi, par le Coordonnateur technique du Projet Cadastre et Sécurisation Foncière (PROCASEF), Alain Diouf. C’était lors de la 2e édition des journées du développement local ( 12- 14 février 2026) organisée par l’Agence de développement local (ADL), dans la Commune de Golf Sud, située dans le département de Guédiawaye (Région de Dakar).

En outre le PROCASEF a activement participé à cet édition à travers la tenue d’un stand institutionnel. Cet espace a suscité un vif intérêt, attirant de nombreux visiteurs venus s’informer sur ses missions, ses réalisations et ses perspectives d’intervention.

Le thème central a mis en lumière une problématique majeure : “comment renforcer l’implication des citoyens dans la gestion du foncier, levier stratégique du développement territorial, dans un contexte marqué par une histoire foncière complexe et des défis socio-économiques croissants ?“.

Dans son exposé le Coordonnateur technique a rappelé que la gouvernance foncière au Sénégal repose sur deux statuts différenciés, hérités d’une évolution historique marquée par une faible participation citoyenne.

Avant la colonisation, la gestion foncière reposait sur des systèmes traditionnels collectifs, distinguant propriété et gestion, avec un pouvoir intermédiaire exercé au niveau communautaire. La période coloniale a introduit un système centralisé d’immatriculation inspiré de l’Acte Torrens appliqué dans les territoires britanniques. Malgré plusieurs tentatives législatives, les populations rurales ont largement résisté à l’immatriculation individuelle des terres.

Après l’indépendance, la loi sur le Domaine national de 1964 a consacré la gestion des terres non immatriculées par l’État, avec un pouvoir concentré d’abord entre les mains du président du conseil rural, puis progressivement transféré aux conseils ruraux et municipaux, avec une participation citoyenne essentiellement indirecte, par représentation.

Le domaine de l’État et celui des particuliers sont aujourd’hui régis par plusieurs textes (notamment les lois de 1976 et 2011), mais la participation citoyenne reste principalement liée aux actes de procédure (enquêtes publiques, bornages, publicité foncière).

Comparé à certains pays de la sous-région comme le Burkina Faso, le Bénin ou le Ghana, indique M. Alain Diouf, « le Sénégal accuse un retard dans l’intégration formelle de mécanismes participatifs inclusifs, notamment en matière de reconnaissance des droits coutumiers, de genre et de protection des groupes vulnérables ».

Toutefois, des pratiques innovantes émergent sur le terrain comme le processus participatifs de communication avant les opérations, l’implication des citoyens dans les travaux de terrain, les commissions domaniales élargies, ainsi que mécanismes de gestion des plaintes, et la validation sociale des décisions foncières.

Les mesures de sauvegarde sociale et environnementale intégrées dans les conventions avec les partenaires internationaux (notamment les normes NES 5, NES 7 et NES 10) contribuent également à renforcer la mobilisation des parties prenantes, la protection des communautés vulnérables et la transparence.

L’accès des femmes au foncier demeure aussi un enjeu central. Les données présentées montrent que la proportion de parcelles enregistrées au nom des femmes reste faible, qu’il s’agisse de parcelles agricoles, collectives ou d’habitation. Des disparités importantes sont observées entre les régions, notamment à Tambacounda, Kédougou, Kaffrine, Kaolack, Thiès et Dakar.

Ainsi, renforcer la participation citoyenne dans la gestion foncière apparaît comme un levier déterminant pour améliorer l’inclusion économique des femmes et consolider les chaînes de valeur locales.

Qu’en est-il de la pression démographique et des déséquilibres territoriaux?
Selon le Coordonnateur technique du PROCASEF, le recensement général de la population (RGPH-5) révèle que le Sénégal compte 18,1 millions d’habitants en 2023, avec un taux de croissance annuel moyen de 2,9 %. Près de la moitié de la population est concentrée dans les régions de Dakar, Thiès et Diourbel.
Dakar, qui regroupe 22 % de la population sur seulement 0,28 % du territoire national, affiche une densité exceptionnelle de 7 277 habitants/km² et concentre plus de 50 % du PIB. Cette situation entraîne une forte pression foncière : flambée des prix du mètre carré, occupation anarchique des zones non constructibles, extension des quartiers précaires et besoins estimés à 500 000 logements.

Face à ces défis, la Vision Sénégal 2050 prévoit la structuration du territoire en huit pôles de développement pour promouvoir une croissance plus équilibrée et attirer davantage d’investissements dans les villes secondaires.

L’autre enjeu stratégique est la gestion des territoires frontaliers. Ils représentent également un espace stratégique de développement et d’intégration régionale. La Commission nationale de gestion des frontières, réorganisée en 2022, est chargée de mettre en œuvre la politique nationale en la matière.
Des avancées notables sont enregistrées, notamment la matérialisation complète de la frontière avec le Mali (189 bornes), la préparation des opérations de bornage avec la Guinée et la Gambie, le processus de réaffirmation engagé avec la Guinée-Bissau et feuille de route élaborée avec la Mauritanie. La ratification de la Convention de Niamey traduit la volonté du Sénégal de faire des frontières des espaces de coopération et de développement durable. Cependant, depuis plus de trente ans, plusieurs initiatives de réforme foncière ont été engagées : Plan d’action foncier (1996), Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (2004), commissions nationales (2005, 2012), consultations nationales (2015) et document de politique foncière (2017). Ces processus, souvent conduits par commissions et ateliers, n’ont pas encore abouti à une réforme structurelle.

Le Coordonnateur technique du PROCASEF appelle à tirer les leçons du passé et à envisager une réforme « par le bas », s’appuyant sur les expériences locales, les pratiques participatives et l’implication effective des citoyens. Il a conclu son exposé a indiquant qu’au-delà des textes juridiques, la participation citoyenne apparaît comme la clé d’une gouvernance foncière plus inclusive, capable de soutenir les chaînes de valeur locales et de favoriser un développement territorial harmonieux et durable.

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